[Décryptage] Digitale natives, mais pas experts
- Sara Laurent

- 13 févr.
- 3 min de lecture
Le mythe des “digital natives” : pourquoi les jeunes ne sont pas aussi compétents qu’on le pense

« Ils ne savent même pas utiliser Excel. »
Cette remarque, fréquente dans les entreprises et les établissements d’enseignement supérieur, surprend. Comment une génération née avec Internet pourrait-elle manquer de compétences numériques ? Et si le problème n’était pas la Gen Z… mais le mythe des “digital natives” lui-même ?
Une confusion entre usage et compétence
Pendant des années, les jeunes ont été présentés comme naturellement compétents avec le numérique. Parce qu’ils utilisent quotidiennement des smartphones, des réseaux sociaux ou des outils d’intelligence artificielle, on a supposé qu’ils maîtrisaient aussi les compétences numériques professionnelles. Les chiffres racontent une autre histoire.
Selon les données de l’Observatoire Pix :
seuls 22 % des étudiants atteignent le niveau numérique attendu à l’entrée dans le monde professionnel
à peine 17 % disposent d’un niveau avancé
moins d’un étudiant sur deux maîtrise les compétences numériques attendues en fin de licence
Les principales lacunes concernent des compétences pourtant fondamentales :
utilisation d’Excel et des tableurs
gestion et structuration de l’information
protection des données et cybersécurité
analyse critique des contenus
gestion de projets numériques
Scroller, poster ou utiliser ChatGPT ne signifie pas savoir analyser, structurer ou sécuriser l’information.
Une génération exposée, mais pas toujours formée
Ce constat ne traduit pas une génération moins capable. Il révèle une génération largement exposée au numérique… mais insuffisamment formée. Parce qu’on a supposé ces compétences “naturelles”, l’école et les organisations ont parfois cessé de les enseigner explicitement.
Les jeunes ont développé des usages efficaces, mais souvent spécialisés : communiquer, se divertir, produire du contenu. En revanche, les compétences plus invisibles — structurer l’information, vérifier une source, comprendre les logiques algorithmiques — restent fragiles.
Ce paradoxe peut même rendre certains jeunes moins adaptables professionnellement : très à l’aise dans certains environnements, mais moins préparés à en maîtriser de nouveaux.
L’intelligence artificielle amplifie le malentendu
Ce phénomène se répète aujourd’hui avec l’intelligence artificielle. Utiliser ChatGPT ne signifie pas maîtriser l’IA. Beaucoup de jeunes savent formuler des requêtes, générer du contenu ou obtenir des réponses rapides. Mais cela ne garantit ni la compréhension des limites du modèle, ni la capacité à vérifier les informations, ni l’esprit critique nécessaire pour en faire un usage professionnel pertinent.
Dans un environnement saturé de contenus générés automatiquement — rumeurs, biais, “AI slop” — la compétence clé n’est plus l’accès à l’outil, mais la capacité à l’utiliser avec discernement. Le véritable enjeu devient celui de la littératie numérique.
Le vrai défi : former à penser, pas seulement à utiliser
La compétence numérique aujourd’hui ne se résume pas à savoir utiliser un outil. Elle implique de savoir :
évaluer la fiabilité d’une information
comprendre comment fonctionnent les algorithmes
protéger ses données
structurer et analyser des contenus
exercer son esprit critique
Ces compétences ne sont ni innées ni générationnelles. Elles s’apprennent. Des programmes de formation à la littératie numérique montrent d’ailleurs des progrès rapides lorsque ces sujets sont enseignés explicitement.
Un enjeu stratégique pour les entreprises et l’enseignement supérieur
Pour les entreprises, les écoles et les organisations, le message est clair : la transition numérique ne peut plus reposer sur l’idée que “les jeunes savent déjà”.
Cela implique de :
sortir des clichés générationnels
réinvestir dans la formation aux compétences numériques fondamentales
accompagner les jeunes dans la compréhension des outils, pas seulement leur usage
développer l’esprit critique face à l’information et à l’IA
Former au numérique aujourd’hui, ce n’est pas former à un logiciel. C’est former à évoluer dans un monde où l’information est omniprésente, rapide, et parfois trompeuse.
Sortir du mythe pour mieux préparer l’avenir
La Gen Z n’est pas moins compétente que les générations précédentes. Elle a grandi dans un environnement numérique différent, qui lui a appris certains réflexes… mais pas nécessairement les compétences attendues dans le monde académique et professionnel. Le véritable risque n’est pas leur incompétence. C’est notre illusion qu’ils n’ont pas besoin d’être formés. Pour les organisations, l’enjeu est désormais clair : ne plus supposer la compétence, mais la construire.
Décryptage réalisé à partir des sources ci-dessous :

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